Ce billet est le 42ème. C'est un nombre très spécial, et pour cette raison, je voudrais le dédier à quelqu'un de très spécial qui connaît maintenant la réponse à la grande question de la Vie, de l'Univers et du reste. Il a fait le choix de venir chercher avec moi les réponses qui lui manquent.  Dans quelques jours, François va embarquer à Roissy pour venir me rejoindre en laissant beaucoup de monde derrière lui. Même s'il le fait d'abord pour lui, enfin je le crois, j'espère me montrer digne de ce gigantesque saut à l'élastique, et je comprends que, putain, c'est haut ! Je suis aussi passé par là.  Je crois que François est actuellement un être quantique comme le chat de Schrödinger, dans deux états en même temps. Bien malin qui pourrait dire ce que l'on trouvera quand on ouvrira la boîte. A moi de l'ouvrir correctement...

Sans lui ce blog n'existerait pas. Il y a quelques mois je ne savais même pas ce qu'était un blog. J'en avais bien vaguement entendu parler, mais c'était nébuleux, et en tout cas loin de mes préoccupations. François et moi nous connaissions depuis plusieurs mois quand j'ai pour la première fois tapé son URL dans mon navigateur... J'ai depuis, grâce à lui, découvert pas mal de choses sur les registrars, les feuilles de style, HTML... Mais je ne serai jamais un geek loin s'en faut. D'abord parce que fondamentalement la technologie qui sous-tend ce mode de communication ne m'intéresse pas, en tant que telle. Ensuite, parce que je ne suis pas un autochtone né avec un ordinateur dans son berceau, et que j'appartiens à cette génération qui ne pourra jamais être autre chose qu'un immigrant dans la nation du numérique. Ç'est un outil que j'ai appris à utiliser, ce qui professionnellement est devenu indispensable, mais ça s'arrête là. Soulever le capot et mettre les mains dans le cambouis informatique, très peu pour moi. Et c'est déjà suffisamment chronophage ainsi !

Le web pour moi pendant très longtemps c'était 1.0 et rien d'autre. C'était pratique pour réserver des billets de train, des places de spectacles, consommer au sens large mais l'idée d'un contenu généré exclusivement par les utilisateurs me passait à des lieux au-dessus de la tête, même si je sentais bien confusément qu'on pouvait y introduire plus d'interactivité.

J'ai déposé le nom de mon blog un peu par jeu, après une longue discussion sur des sujets qui nous tiennent à coeur à tous deux. C'était au départ un clin d'oeil multiple. Quelques jours plus tard François m'apprend que je peux si je le souhaite disposer d'un blog attaché au nom de domaine. Un blog ? Moi ? Pour quoi faire ? Ai-je seulement quoi que ce soit d'intéressant à écrire ? Et si oui, pour parler de quoi ? Et à qui ?

A vrai dire, l'idée de cette exposition ne provoquait pas chez moi un enthousiasme particulier, voire même de la crainte.

Pour des raisons historiques personnelles, je me suis toujours considéré comme un handicapé de la communication, de l'expression en général, et écrite en particulier.

Alors j'ai commencé à lire d'autres blogs, d'abord par consultation directe via les favoris du navigateur, puis François, encore lui, m'a initié aux subtilités de la syndication de flux. Je n'ai pas encore tout compris à tout, pour les raisons exposées plus haut, mais ça finit par sédimenter, à son rythme.

J'ai découvert une communauté riche, passionnante et exigeante, comme dans la vie en trois dimensions. Et d'authentiques sales cons aussi, comme dans la vie en trois dimensions, ce qui n'avait pas manqué de doucher mon peu d'enthousiasme initial.

Et un jour j'ai posté un premier commentaire. Chez François. Ça faisait des années que je n'avais rien écrit qui soit destiné à être lu par d'autres que moi, et ne soit pas voué à la destruction. Combien de lettres ai-je écrites que je n'ai jamais envoyées, que j'ai fini par détruire ?

Et il y a eu cette fameuse journée de plongée, notre première plongée en binôme, les baleines etc... que j'ai eu envie de garder pour une fois ailleurs que dans ma seule mémoire. Et je me suis lancé.

Sans trop savoir où j'avais envie d'aller. Parler de ligne éditoriale encore aujourd'hui me paraît prétentieux, alors je me suis fixé une exigence d'honnêteté, et de pondération. Et au début, croyez moi c'était un véritable challenge, pas la première mais la seconde... Il faut vous dire qu'il a la tête un peu près du bonnet le garçon... Je ne suis pas vraiment connu pour avoir un caractère facile. François me dit toujours que, le mauvais caractère, c'est ce que disent les gens qui n'en ont pas de ceux qui en ont trop. Je trouve qu'il est indulgent avec moi. Et flatteur du coup.

Au cours de ces trois derniers mois je vous ai raconté de façon romancée notre histoire à tous les deux, emmenés avec moi au boulot, dans des situations qui m'avaient déstabilisé, amusé ou propulsé au premier plan.

Je vous ai aussi pas mal parlé d'écologie. L'état de la Nouvelle-Calédonie dans ce domaine la relègue, à mon sens, au rang de pays émergeant. Les intérêts financiers des métallurgistes passent avant l'intérêt du peuple calédonien à long terme. Le nickel n'aura qu'un temps. Qu'adviendra t-il ensuite quand le pays aura été dévasté ? L'absence de conscience écologique d'une majorité des calédoniens va de pair avec une absence de réelle volonté politique. Il suffit pour vous en persuader de faire quelques pas sur la plage la plus proche de chez vous.

Politique aussi je vous en ai causé. Vous dire que "l'indépendance" que certains imaginent est pour moi, et pour d'autres, un concept vide de sens aujourdh'ui, que je pense que c'est un fantasme que certains se plaisent par démagogie à caresser, au mépris des réalités économiques, sociales et politiques actuelles, ne vous apprendra rien. Vous l'aurez déjà compris si vous me lisez régulièrement. Je ne nourris pas non plus une sympathie particulière pour les animaux qui nous gouvernent et qui considèrent que la politique doit se mettre au service de ceux qui la font plutôt qu'au service de ceux à qui elle s'adresse.

Je vous ai aussi fait partager quelques sorties culturelles, parlé d'homosexualité en général et un peu de la façon dont je la vis en particulier, emmenés en vacances, pleuré et aussi rigolé un peu, parce que tout ça fait partie de la vie.

Sans doute parfois aussi vous ai-je excité(e)s. C'était tout sauf innocent ;-))))))

Il y a eu surtout, pour moi, ce fameux billet que je mûrissais depuis 22 ans. Pas forcément sous cette forme. Une amie m'a même dit que je n'avais ouvert un blog que pour écrire ce billet-là. Je pense qu'elle a vu juste, en tout cas à ce moment-là. J'ai eu ensuite un gros passage à vide. Je me suis même demandé si j'allais continuer, j'ai eu le sentiment d'être allé au bout de ce que j'avais à dire. Je sais aussi aujourd'hui que j'ai envie d'aller plus loin.

Alors François, ce 42ème billet est pour toi, pour l'amour et la confiance que tu me donnes et que j'espère bien te rendre au centuple. Pour toi sans qui rien de tout cela ne serait arrivé. Ça n'aurait pas changé la face du monde, ni altéré d'un millième de seconde l'axe de rotation de la planète. Mais ma vie en est aujourd'hui plus belle de bien jolies rencontres, d'abord électroniques, et certaines matérialisées.

Je reprends ici cette citation trouvée chez Manola :

"Pour se plaire il faut se ressembler beaucoup afin de s'entendre, et différer un peu afin d'avoir à se comprendre."

Merci à vous qui me lisez régulièrement, qui commentez, et qui, à votre manière, faites aussi vivre cet espace.

Merci à toi, mon Padawan, de faire de chaque jour une putain de journée au paradis.