Je vous avais fait part il y a quelques semaines d'un grand moment de solitude.

Il y a quelques jours lors d'une garde, j'ai fait un grand écart à l'autre extrémité du spectre.

21h00 : appel de la sage-femme en salle d'accouchement pour une patiente admise pour son premier accouchement, afin de mettre en place une péridurale.

J'arrive et en attrapant le dossier, il en tombe une feuille cartonnée couverte d'une écriture affirmée et au contenu péremptoire. Voilà ce que ça disait :

MON PROJET D'ACCOUCHEMENT

  1. Je veux une péridurale, ni trop tôt ni trop tard mais au bon moment.
  2. Je veux que le papa assiste à l'accouchement.
  3. Je veux que le papa coupe le cordon ombilical.
  4. Je veux faire peau à peau avec bébé.
  5. Je veux allaiter bébé.
  6. Je veux que l'on donne mes effets personnels au papa.

Euh... Papa il a son mot à dire ? Parce que des papas mous du genou devant le spectacle de l'accouchement, tremblant comme une feuille de peuplier en Novembre au moment de couper le cordon, une coulée de sueur dégoulinant le long d'une joue blême, et qu'on a du asseoir par terre en catastrophe pour prévenir la chute à un moment où, franchement, on a autre chose à faire, eh bien j'en ai vu plus d'un...
Je n'ai pas trop bien compris le rapport entre le sixième item et un projet d'accouchement, mais après tout ce n'était pour cela que ma présence était requise !

Je me fais la réflexion dans le dedans de mon moua-même comme dirait ma lézarde préférée :

"Ah, une abonnée définitive au forum grossesse de Doctissimo..."

C'est souvent le genre qui après l'accouchement, et entre la poire et le fromage de préférence, ne loupe pas une occasion pour systématiquement ramener la conversation sur SA grossesse, SA péridurale, SON accouchement, SON épisiotomie qui a été recousue n'importe comment, d'ailleurs je vais te montrer MA cicatrice ! Euh... Tu es sûre ? Je suis pas trop tenté là... tout de suite... maintenant ... SON allaitement. Je suis sûr que vous avez déjà dû en croiser une comme ça au moins une fois, cherchez autour de vous.
Le style qui écume tout ce qu'elle trouve sur le sujet d'avant pendant et après, avec des idées bien arrêtées (elle a lu tout Edwige Antier, parce que Dolto franchement c'est dépassé...). C'est souvent celle aussi, qui, du jour où elle devient mère, cesse d'être une femme, également pour l'homme qui partage sa vie... Accessoirement, elle n'a jamais le sentiment d'indisposer une bonne moitié de son auditoire. Vous l'aurez bien compris, ce stéréotype est à prendre au quinzième degré.

J'entre dans la chambre et suis immédiatement ébloui par un flash. Une jeune femme prenait la pose couchée, les bras au dessus de la tête, un peu beaucoup dévêtue, s'offrant sans pudeur à l'objectif phallique d'un jeune homme que je crois être son conjoint, mais je n'ai pas demandé, après tout elle fait ce qu'elle veut avec ses cheveux. Et encore une comme-ci et encore une comme-ça.

Avant même que je n'ai le temps de me présenter, elle lance :

"- Ah ! Vous voilà !"

Et aussitôt là voilà qui s'assied dans la bonne position sans qu'on lui demande rien (quand je vous dis qu'elle a tout lu !).
Manifestement, j'étais attendu, très même. Après cette entrée en scène messianique, que voulez-vous que je fasse à part commencer à me laver les mains ? Et FLASH !!! Encore une petite dernière en position pour la péri. Et mon droit à l'image merde  ! En tout cas apparemment c'était le bon moment...

Un poste de radio de mauvaise qualité diffusait une musique d'égale qualité (question de goût mais j'ai horreur du RnB... de toute façon on n'a plus rien fait de bien depuis le dernier Cindy Sander ;-p) et je demande à la sage-femme une fois installés de bien vouloir éteindre l'appareil. Pa-pi-llon de lumièèèèère sous le scialytique !!!

"- Oui oui, éteignez la radio ! Je ne voudrais pas indisposer le docteur !"

Alors là, madame... vous m'en bouchez une surface...

Une fois la péridurale posée, on discutaille de trucs et d'autres du genre la péridurale sa vie son oeuvre etc... Et on fait revenir le conjoint.

Après le délai de surveillance d'usage, je quitte la chambre en leur faisant un grand sourire, je lui souhaite bon courage pour son accouchement.

Au moment de sortir, la main sur la poignée de la porte je lâche sans me retourner :

"- Surtout que vous allez en prendre pour 20 ans, peut-être plus..."

Oui, je sais. Je suis un pervers.

Moralité : nous ne sommes pas tous égaux devant la grossesse et l'accouchement, enfin surtout les femmes ;-p