La Gay Pride, pardon Marche des Fiertés, sert-elle encore à quelque chose ? C’est la question que beaucoup se posent alors que la manifestation a drainé 600.000 personnes sur son parcours à Paris ce 28 juin. Le mot d’ordre cette année était : « Une école sans aucune discrimination ».
Libération, le Monde et le Figaro y consacrent chacun un article. Faut il aborder l’homosexualité à l’école afin de sensibiliser à cette forme de racisme qu’est l’homophobie ? Les enseignants doivent ils faire état de leur orientation sexuelle ? Les articles apportent quelques éléments de réflexion à travers des témoignages d’enseignants et d’élèves confrontés à l’homophobie.

Mais dans le cadre de la question posée, ce sont surtout les commentaires qui valent d’être lus. On y retrouve tout le continuum des opinions, depuis l’homophobie crasse et assumée jusqu’au gay-friendly tout autant assumé, en passant par l’homophobie rampante et condescendante qui ne dit pas son nom.

L’homophobie crasse qui conduit à des crimes comme ont pu en être victimes Matthew Shepard aux Etats Unis (Wyoming) ou Sébastien Nouchet dans le Nord de la France est heureusement rare. Nous sommes le plus souvent confrontés au quotidien à une « homophobie de comptoir », et qui moi me court fébrilement sur le haricot.

A ce sujet laissez-moi vous raconter une petite anecdote (décidément j’aime beaucoup les anecdotes ces temps-ci).
Petite chronique de l’homophobie ordinaire.
Il y a quelques mois de cela, dans l’hôpital où j’exerçais précédemment à Paris en attendant un poste pour pouvoir revenir à Nouméa, cette brève de comptoir.
J’étais en salle d’opération pour une intervention orthopédique sous anesthésie générale, occupé à la rédaction de divers documents dans les bruits de scie, de marteau, de perceuse etc…
A la faveur d’une accalmie, j’entends le chirurgien, garçon par ailleurs cultivé et plutôt ouvert (enfin pour un chirurgien...), avec qui j’entretenais des rapports cordiaux, lancer de l’autre côté de la barrière hémato-encéphalique (je suis sûr que vous le sentez arriver…).

Pour les profanes, la barrière hémato-encéphalique est une entité anatomique et fonctionnelle qui sépare le sang du tissu cérébral. Par dérision, c’est aussi comme ça que nous autres anesthésistes appelons le champ tendu entre deux pieds à perfusion qui nous sépare du chirurgien: d’un côté le sang, et de l’autre le cerveau… Je ne sais pas pourquoi, mais les chirurgiens, ça les fait toujours moyennement rigoler… Pourtant, elle est assez drôle cette définition, au moins aussi drôle que celle qui va suivre.

« -Ah ! Et bien ça c’est pas de la chirurgie de pédé !… »

A cette saillie, mon sang ne fait qu’un tour, je lâche mon stylo, me lève et fait le tour du champ.

« - Tu peux m’expliquer ce que c’est que de la chirurgie de pédé ? Parce que l’anesthésie de pédé, je connais, j’en fais tous les jours… Et si c’est une avance, autant que je te le dise tout de suite, tu n’es pas mon genre… »

Dans le silence qui s’est ensuivi, on aurait pu entendre la chute d’un poil de cul. Epilé, bien entendu.

Alors la Gay Pride sert-elle encore à quelque chose ? Bien évidemment que non.
D’ailleurs la preuve par neuf :

1. L’homophobie est morte.

Matthew Shepard aussi, et il ne pourra pas dire le contraire.

2. La lesbophobie est morte

Certaines femmes excisées aux Etats-Unis pour cause d’homosexualité vous le diraient.

3. La transphobie est morte.

Les transsexuel(le)s victimes d’agressions ou de discriminations vous le confirmeraient.

4. Personne dans le monde n’a jamais été persécuté ni déporté pour cause d’homosexualité.

Les quelques 100.000 homos envoyés en camps d’extermination en Allemagne entre 1933 et 1945 au titre du paragraphe 175 vous le jureraient, s’ils étaient en état de le faire. Les associations homosexuelles doivent se battre pied à pied avec les associations d’anciens déportés pour que soit prise en compte la réalité de la déportation des triangles roses, qui sont le plus souvent volontairement oubliés ou exclus des cérémonies commémoratives.

5. L’homosexualité est dépénalisée partout dans le monde.

On ne va pas faire un fromage pour un petit club d’une centaine de pays empêcheurs de s’enculer en rond, et seulement une petite dizaine où la sodomie est passible de la peine capitale.

6. L’homosexualité est un mode de vie acceptable pour les trois grandes religions monothéistes.

La lecture de la Torah, de la Charia ou de la Bible à cet égard est édifiante. Juste pour rire, ce petit extrait (Lévitique 20:13):
« Lorsqu’un homme couche avec un mâle comme on couche avec une femme, tous deux ont fait une chose détestable. Ils doivent absolument être mis à mort. Leur sang est sur eux.  »
Etant un indécrottable mécréant depuis ma naissance, je n'ai pas eu besoin de recourir à l'apostasie.

7. Personne en France n’est victime de discrimination en raison de son orientation sexuelle.

C’est sans doute pourquoi la HALDE a instruit en 2006 et 2007 pas moins de 185 réclamations pour discrimination en raison de l’orientation sexuelle.

8. Les droits civils sont les mêmes pour tous.

Souvenez vous de la véhémence de Christine Boutin, bible en main vociférant la bave aux lèvres et s'écroulant en larmes dans l’hémicycle quand elle n’a pas voté le PACS. Souvenez vous des prises de position de Philippe de Villiers, de Jean Marie Le Pen soutenu par un Français sur cinq lors de la présidentielle de 2002.

9.Les homosexuels ne sont pas capables d’élever correctement des enfants.

C’est pour cette raison qu’il est préférable qu’un enfant soit élevé par un couple hétérosexuel dont la femme subit des violences conjugales exercées par son conjoint, afin que l’enfant ait des repères solides pour bien démarrer dans la vie, plutôt que par un couple homosexuel qui s’aime et se respecte. Souvenez vous des déclarations de Lionel Jospin.

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Alors vraiment non, la Gay Pride qui permet de relayer ces revendications légitimes, de les faire entendre au public, de les faire appuyer par les élus, malheureusement aussi parfois de se faire récupérer politiquement, non la Gay Pride n’a vraiment plus aucune raison d’être.

Et nous homosexuel(le)s ne sommes pas des citoyen(ne)s de seconde zone puisque comme les autres nous avons le droit de payer nos impôts et qu’on est prêt à nous accepter à condition que nous nous fassions discrets.