Je suis tombé, par la grâce de mon agrégateur, sur une petite perle, un élan du coeur, au secours de la Communication de la Très Puissante Société Inco-CVRD-GoroNickel. Presque l'hagiographie d'Inco. C'est beau comme une chanson de Cindy Sander. Be very scared...

Alors voilà ce que j'ai eu envie de lui dire, à la Dame qui s’appelle Mme Ella,

Madame Ella, pour commencer, juste quelques notions de communication si vous voulez bien.
Si vous voulez être crédible et convaincre (enfin seulement si vous le souhaitez) :
1. Evitez de vous draper dans une indignation de duchesse outragée sur le mode saine colère à la Ségolène Royal (ça casse l'effet)
2. Adoptez plutôt un profil bas
3. Essayez de croire à ce que vous racontez (ça aide ! si si !)
4. Ne prenez pas les gens qui vous lisent pour des billes
5. Et par pitié cessez d’écrire comme vous parlez.

Je sais bien que Goro Nickel connaît quelques difficultés avec sa communication institutionnelle, à tel point qu’il y a quelques semaines de celà la société recherchait un Directeur de la communication pour… comment dire les choses de façon politiquement correcte… nettoyer la merde ?
Comme le contrat était pour une durée déterminée de six mois, le message était clair : on embauche un gugusse sans trop d’états d’âmes le temps de sortir de crise c’est-à-dire de jouer la montre et d’attendre gentiment sans faire de vagues le classement du site par l’UNESCO, pour ensuite recommencer vos petites affaires, parce que c’est pas tout ça mais on a quand même un peu de pognon à gratter.
Auriez vous décroché la timbale ? LE poste en or massif ? Bravo Mme la Directrice de com. Prévoyez quand même un plan B, on ne sait jamais… D’abord pourquoi jouer la montre ? L’UNESCO classe le site en connaissance de cause : l’usine, l’effluent, le tuyau et tout le toutim. Après tout où est le problème ?
Inco-GoroNickel est d’une transparence exemplaire : le procédé HPAL (High Pressure Acid Leaching) est protégé par un brevet industriel détenu par Inco.
Les expertises et modélisations sont assises sur des données validées par Inco. Certes la modélisation a été effectuée par un organisme indépendant, mais les differents modéles mathématiques de dispersion ont été alimentés avec les chiffres d’Inco, notamment concernant la composition finale de l'effluent.
L’expertise INERIS dans ces conditions est tout à fait rassurante et donc l’UNESCO vous délivre malgré elle une caution pour polluer “proprement” puisque c’est ce que vous prétendez sur la bonne foi des rapports d’experts, et ce pendant 25 ans. Virginité refaite en quelque sorte...
D’accord, on veut bien vous croire, alors puisque vous n’avez rien à cacher publiez vos sources et vos études.
Le rapport du CEREGE (contrexpertise demandée par la province Sud, demande approuvée par le sénat francais, financée par Inco : mais puisqu’on vous dit qu’ils n’ont rien à se reprocher, publié en 2006) souligne tout de même que « le rejet de manganèse dans un écosystème n’est pas anodin pour le milieu marin ». Peut-être allez vous prétendre que ce ne sont que de dangereux écolos fanatiques ?
Autre chose, le modèle industriel que vous proposez n’a été validé nulle part ailleurs que sur du papier. L’usine australienne proposait un enfouissement des rejets dans l’excavation de l’exploitation même. Aucune étude pilote ne permet de valider les données que vous avancez.
Le parallèle fait avec Alunorte n’est pas applicable : l’extraction concerne de la bauxite, le rejet des eaux traitées se fait en eau douce. Mais le contrat est juteux pour tout le monde : Alunorte embauche (à bas prix) une main d’oeuvre locale, consomme des quantités pharaoniques d’électricité (plus que les villes proches de Saò Luiz et Belém réunies). Ceci a necessité la construction d’un barrage et le déplacement de 20000 familles. En échange, Alunorte bénéficie de grandes largesses fiscales de la part d’un gouvernement peu regardant sur l’impact environnemental. Si ça vous rappelle quelque chose c’est que la ressemblance n’est pas fortuite.
Enfin, l’implantation d’une unité de production d’acide sulfurique classée SEVESO II sur un site unique au monde porteur d’une végétation endémique peut légitimement conduire à se poser quelques questions.

Je vous concède bien volontiers qu’un débit horaire de 1900 m3 d’eau tiède à 40°C (au fait l’effluent sera-t-il prédilué par de l’eau de mer ? Enfin je demande ça, je ne suis pas curieux, c’est juste pour savoir…) ne changera pas fondamentalement la température du bain des baleines.
Vous comprendrez donc, Mme Ella, que nous nous sentions, nous autres, à tout le moins concernés et que nous demandions l’application du principe de précaution. Car même si Inco est de bonne foi (vous voyez je suis prêt à envisager les hypothèses les plus fantaisistes), vous n'avez pas le sentiment qu'on joue un peu à l'apprenti-sorcier sur ce coup-là ? Alors revoyez la copie, proposez nous quelque chose que nos petits enfants n’auront pas peur de regarder, et vous pourrez toucher votre part du gâteau.
Je voulais aussi vous dire une dernière chose : l’école, j’y suis allé, longtemps, et personne ne m’y a forcé.
Et avec ça, vous prendrez bien un petit verre d’eau ?

Pétition en faveur de l'inscription du lagon néo-calédonien au patrimoine mondial de l'UNESCO