L'eau des baleines
Par Eric le dimanche 15 juin 2008, 04:19 - Environnement - Lien permanent
Je suis tombé, par la grâce de mon agrégateur, sur une petite perle, un élan du coeur, au secours de la Communication de la Très Puissante Société Inco-CVRD-GoroNickel. Presque l'hagiographie d'Inco. C'est beau comme une chanson de Cindy Sander. Be very scared...
Alors voilà ce que j'ai eu envie de lui dire, à la Dame qui s’appelle Mme Ella,Madame Ella, pour commencer, juste quelques
notions de communication si vous voulez bien.
Si vous voulez être crédible et convaincre (enfin seulement si vous le
souhaitez) :
1. Evitez de vous draper dans une indignation de duchesse outragée sur le mode
saine colère à la Ségolène Royal (ça casse l'effet)
2. Adoptez plutôt un profil bas
3. Essayez de croire à ce que vous racontez (ça aide ! si si !)
4. Ne prenez pas les gens qui vous lisent pour des billes
5. Et par pitié cessez d’écrire comme vous parlez.
Je sais bien que Goro Nickel connaît quelques
difficultés avec sa communication institutionnelle, à tel point qu’il y a
quelques semaines de celà la société recherchait un Directeur de la
communication pour… comment dire les choses de façon politiquement correcte…
nettoyer la merde ?
Comme le contrat était pour une durée déterminée de six mois, le message était
clair : on embauche un gugusse sans trop d’états d’âmes le temps de sortir de
crise c’est-à-dire de jouer la montre et d’attendre gentiment sans faire de
vagues le classement du site par
l’UNESCO, pour ensuite recommencer vos petites affaires, parce que c’est
pas tout ça mais on a quand même un peu de pognon à gratter.
Auriez vous décroché la timbale ? LE poste en or massif ? Bravo Mme la
Directrice de com. Prévoyez quand même un plan B, on ne sait jamais… D’abord
pourquoi jouer la montre ? L’UNESCO classe le site en connaissance de cause :
l’usine, l’effluent, le tuyau et tout le toutim. Après tout où est le problème
?
Inco-GoroNickel est d’une transparence exemplaire : le procédé HPAL (High
Pressure Acid Leaching) est protégé par un brevet industriel détenu par
Inco.
Les expertises et modélisations sont assises sur des données validées par Inco.
Certes la modélisation a été effectuée par un organisme indépendant, mais les
differents modéles mathématiques de dispersion ont été alimentés avec les
chiffres d’Inco, notamment concernant la composition finale de
l'effluent.
L’expertise INERIS dans ces conditions est
tout à fait rassurante et donc l’UNESCO vous délivre malgré elle une
caution pour polluer “proprement” puisque c’est ce que vous prétendez sur
la bonne foi des rapports d’experts, et ce pendant 25 ans. Virginité refaite en
quelque sorte...
D’accord, on veut bien vous croire, alors puisque vous n’avez rien à cacher
publiez vos sources et vos études.
Le rapport du CEREGE (contrexpertise
demandée par la province Sud, demande approuvée par le sénat francais, financée
par Inco : mais puisqu’on vous dit qu’ils n’ont rien à se reprocher, publié en
2006) souligne tout de même que « le rejet de manganèse dans un
écosystème n’est pas anodin pour le milieu marin ». Peut-être allez vous
prétendre que ce ne sont que de dangereux écolos fanatiques ?
Autre chose, le modèle industriel que vous proposez n’a été validé nulle part
ailleurs que sur du papier. L’usine australienne proposait un enfouissement des
rejets dans l’excavation de l’exploitation même. Aucune étude pilote ne permet
de valider les données que vous avancez.
Le parallèle fait avec Alunorte n’est
pas applicable : l’extraction concerne de la bauxite, le rejet des eaux
traitées se fait en eau douce. Mais le contrat est juteux pour tout le monde :
Alunorte embauche (à bas prix) une main d’oeuvre locale, consomme des quantités
pharaoniques d’électricité (plus que les villes proches de Saò Luiz et Belém
réunies). Ceci a necessité la construction d’un barrage et le déplacement de
20000 familles. En échange, Alunorte bénéficie de grandes largesses fiscales de
la part d’un gouvernement peu regardant sur l’impact environnemental. Si ça
vous rappelle quelque chose c’est que la ressemblance n’est pas fortuite.
Enfin, l’implantation d’une unité de production d’acide sulfurique
classée SEVESO
II sur un site unique au monde porteur d’une végétation endémique peut
légitimement conduire à se poser quelques questions.
Je vous concède bien volontiers qu’un débit
horaire de 1900 m3 d’eau tiède à 40°C (au fait l’effluent sera-t-il prédilué
par de l’eau de mer ? Enfin je demande ça, je ne suis pas curieux, c’est juste
pour savoir…) ne changera pas fondamentalement la température du bain des
baleines.
Vous comprendrez donc, Mme Ella, que nous nous sentions, nous autres, à tout le
moins concernés et que nous demandions l’application du principe de
précaution. Car même si Inco est de bonne foi (vous voyez je suis prêt à
envisager les hypothèses les plus fantaisistes), vous n'avez pas le sentiment
qu'on joue un peu à l'apprenti-sorcier sur ce coup-là ? Alors revoyez la copie,
proposez nous quelque chose que nos petits enfants n’auront pas peur de
regarder, et vous pourrez toucher votre part du gâteau.
Je voulais aussi vous dire une dernière chose : l’école, j’y suis allé,
longtemps, et personne ne m’y a forcé.
Et avec ça, vous prendrez bien un
petit verre d’eau ?
Pétition en faveur de l'inscription du lagon néo-calédonien au patrimoine mondial de l'UNESCO
