J'ai l'âge que j'ai, et suis, aux yeux de la société, officiellement célibataire. Même si ceux qui me connaissent et me lisent savent bien qu'il en va différemment.
Alors quand je me retrouve dans un évènement social, style mariage (au hasard...) mais pas que, il se trouve TOUJOURS et inévitablement quelqu'un pour me demander :
- Et vous, vous êtes marié ?
- Non, je ne suis pas marié.
- Ah bon...
Alors là, toujours vaguement gêné le ou la curieuse... Il est plus tout jeune, le garçon, et plutôt pas trop mal de sa personne même si... Forcément, si à 47 balais, je ne suis toujours pas marié, c'est que j'ai un problème, je dois être un dangereux malade, j'ai sans doute tué père et mère, voire pire : si ça se trouve je n'ai même pas la télévision, et peut-être même que je trie mes déchets, et en plus que je déteste le football et les gros 4X4 qui vous vont comme une hémorroïde... Définitivement irrécupérable.
Comme je n'aime rien moins que laisser les gens dans l'embarras, je vole immédiatement au secours de l'infortuné(e) curieux(se) :
- Non, non, j'appartiens à une catégorie de la population qui a le droit de payer des impôts, mais pas de se marier...
Et alors là. Le blanc. Le trou. Le froncement de sourcil, l'incompréhension la plus totale : il existerait donc dans ce pays des gens qui auraient le droit de payer des impôts mais pas de se marier ?
Et là je les laisse mariner dans leur jus...
Parce que ce qui est très drôle avec les
curieux, c'est que quand vous leur faites une telle sortie, la première
réaction est de se recroqueviller comme une huître au contact d'une goutte de
citron. Et pendant quelque temps, on évite des sujets plus polémiques que la
météo, ou l'élection des rosières de Geneviève de Fontenay.
On s'épanche en attendant sur son couple, la vie conjugale, son désir d'enfant,
ses enfants, les couches-culottes et vous avez droit le plus souvent au
florilège de la grumeautique et
des lieux communs de la psychologie de comptoir.
Bref vous l'avez compris, hors du couple si possible marié et avec grumeaux, point de salut. La vie vaut elle d'être vécue, existe-t-elle seulement ?
Mais la curiosité, telle l'eau qui finit toujours par arriver à la mer, est la plus forte et retrouve son chemin.
Et là vous commencez à les voir arriver, avec des circonvolutions, et des circonlocutions, revenir très tangentiellement aborder le problème.
C'est en général là qu'en mon for intérieur, je commence à me marrer, en n'en laissant rien paraître.
Parce qu'inmanquablement, je la connais la question qui va finir par arriver.
Il faut vous dire aussi que dans ce genre de réunions, comme vous êtes célibataire et pas trop moche, on vous a collé en face de la célibataire assez gironde, la Bridget Jones de service, désespérément en mal de mâle, voyant arriver la quarantaine et tourner avec inquiétude son horloge biologique sans s'être reproduite.
Et comme vous savez un petit peu causer et que vous vous prêtez avec humour et complaisance au jeu des banalités, on finit autour de vous par s'apprivoiser. On commence à papillonner de la paupière (un peu lourdement) maquillée.
L'us et parfois l'abus de la dive bouteille a fait monter le rose aux joues de la belle. Les conversations sont devenues un peu plus lestes, on a envoyé les enfants se coucher, desserré la cravate et échancré quelque peu le décolleté. On rit plus, plus fort, parfois à gorge déployée, à des blagues de plus en plus grasses...
Quelques pas de danse ont contribué à échauffer les sens des uns et des autres. J'avais d'ailleurs bien senti en à cette occasion un frottement de pubis appuyé contre ma cuisse plus que la décence ne l'y aurait autorisé. Je suis un peu allumeur, je le confesse...
Alors la biche, désinhibée, s'enhardit soudain et vous lâche en vous regardant droit dans les yeux :
- Et vous, Eric, qu'est-ce que vous regardez en premier chez une femme ?
- Son mec...
Si vous ne vouliez pas savoir, fallait pas demander...



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